22 février 2006

La décolonisation de l'Afrique depuis 1945


COUP de POUCE

DÉFINIR LE SUJET

La décolonisation de l'Afrique est un sujet de composition classique, vaste, qui suppose de nombreuses connaissances mais le libellé incite à y réfléchir avec plus de nuances. II s'intègre dans la seconde partie du programme d'histoire, dans le chapitre concernant la décolonisation et l'émergence du Tiers-Monde.

Le terme de décolonisation doit bien évidemment être clairement défini en évoquant tout ce qu'implique une indépendance vis-à-vis de la métropole. L'espace concerné, le continent africain, est immense, sous la tutelle de plusieurs pays (la France et l'Angleterre étant les puissances tutélaires majeures) et sa situation politique est contrastée. Certains États sont déjà indépen­dants (l'Egypte, le Libéria par exemple), d'autres sont des protectorats ou des colonies. L'absence de borne chronologique de fin nous incite à étudier le processus de libération et d'indépendance des colonies le plus loin possible, en fait jusqu'à aujourd'hui et invite même à s'interroger sur la possible poursuite de ce processus libérateur : c'est le problème du «néocolonialisme». Le plan retenu, qui nous semble le plus cohérent, regroupe des aspects thé­matiques mais aussi chronologiques. Il s'organise autour de trois idées cen­trales : le contexte favorable au niveau international ; la période 1955-1965 où la majorité des pays africains, de façon pacifique ou guerrière, obtien­nent leur indépendance ; enfin la longue fin de cette colonisation et le main­tien de certains aspects «coloniaux».

CHOISIR UNE PROBLÉMATIQUE

La longueur du processus de décolonisation en Afrique, les guerres de libé­ration, la situation instable des pays issus de cette décolonisation, les liens de dépendance très forts qui existent encore entre ces pays et l'ancienne métropole nous poussent à réfléchir aux modalités de ce processus, sur ses particularités, ses faiblesses, sa réalité...

Le candidat peut définir une problématique basique mais correcte qui serait :

«Quelles sont les modalités de cette décolonisation ? »

Une seconde problématique, plus élaborée, pourrait être : «Dans quelle mesure peut-on dire que la décolonisation africaine s'est déroulée de façon imparfaite et inaboutie ?»

MOBILISER DES CONNAISSANCES

Colonie, métropole, nationalisme, autonomie/indépendance, Commonweealth, Union française, apartheid sont des termes à connaître. Certains personnages nous semblent également incontournables : Ben Bella, Senghor, Nkru'mah, Lumumba, de Gaulle.

FAIRE UN PLAN

I- 1945-1955 : un contexte favorable

II- De 1955-1965 : une décolonisation quasi-totale

III- De 1965 à nos jours : une décolonisation tardive

RÉDIGER L'INTRODUCTION

Vous devez rappeler, brièvement, que l'Afrique fut le continent où les appétits colonisateurs des Européens fut le plus important : la France, l'Angleterre, le Portugal... font l'objet d'une attention particulière puisque ce sont les principales puissances colonisatrices.

Votre copie sera valorisée si vous évoquez les situations contrastées entre les pays et rappelez l'indépendance de certains avant 1945 (Egypte, Éthiopie. - .). Le terme de décolonisation doit être défini et vous devez montrer en quoi 1945 est une année fondatrice pour l'essor des mouvements d'émancipation africains.

PLAN DÉTAILLÉ

Introduction

L'Afrique fut à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le continent « pri­vilégié» de l'expansion coloniale européenne. Le Portugal et la Belgique ont quelques possessions, l'Allemagne et l'Italie ont perdu les leurs à l'is­sue des deux guerres mondiales et ce sont la France et l'Angleterre les puis­sances dominantes.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la quasi-totalité des pays africains est dépendante (l'Egypte ou l'Union sud-africaine sont des exceptions). Après 1945, alors que les puissances européennes ont perdu beaucoup de prestige, les colonies s'engagent dans un processus de décolonisation par lequel l'Afrique se libère de la domination des pays européens. Cette émancipation fut longue - elle se termine en 1990 - et souvent difficile. Cette volonté d'émancipation voit le jour dans un contexte favorable où nombreux sont ceux qui soutiennent ce mouvement. Entre 1955 et 1965, la majorité des pays se libère de la tutelle européenne selon des modalités très différentes mais la fin très tardive de la décolonisation et la persistance de structures coloniales soulignent les difficultés de ce processus. Dans quelles mesures peut-on dire que la décolonisation africaine s'est déroulée de façon imparfaite et inaboutie ?

I - 1945-1955 : un contexte favorable

A. Des puissances coloniales discréditées et affaiblies

1- Défaite en 1940, la France a perdu de son prestige dans les colonies africaines et elle n'a réussi à maintenir sa tutelle que grâce à l'aide améri­caine. L'Angleterre sort vainqueur de ce conflit mais épuisée et son pres­tige est amoindri surtout à cause de ses revers asiatiques.

2- Les États-Unis et l'URSS, vainqueurs de la guerre, se font les hérauts de l'anticolonialisme. Les Américains rappellent qu'ils sont une ancienne colonie et les Soviétiques se réfèrent à la tradition révolutionnaire et éga-utaire du communisme.

3- L'ONU nouvellement créée en 1945 (charte de San Francisco), sert de tribune aux revendications libératrices et aux attaques contre les métro­poles de la part des États sud-américains, arabes ou asiatiques.

B. L'essor des mouvements nationalistes et contestataires

1. Les élites africaines (ex. Léopold Sédar Senghor) se sont formées en Europe et se sont inspirées des valeurs européennes de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

2. À la fin de la guerre, essor de mouvements nationalistes cristallisés autour du refus de la présence étrangère : le parti de l'Istiqlal au Maroc, le néo-Destour en Tunisie avec Habib Bourguiba, le panafricanisme de Kwame Nkrumah au Ghana (la Côte-de-l'Or)...

3. Au début des années 1950, la quasi-totalité des colonies asiatiques est libérée et ces pays servent d'exemple pour l'Afrique. En 1955, la confé­rence de Bandung en Indonésie, à laquelle participent plusieurs déléga­tions africaines, condamne le colonialisme et rappelle le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

C. Des métropoles sourdes aux revendications

1. Face à ces revendications, les métropoles ne proposent que des avan­cées bien insuffisantes.

2. L'Angleterre s'oriente vers un Self-Government, forme d'autonomie pour ses colonies, processus « gradualiste » qui s'effectuera par étapes.

3. La France crée l'Union française en 1946 mais n'envisage ni autono­mie ni indépendance.

4. Les positions du Portugal et de la Belgique sont similaires.

La colonisation et le système colonial, critiqués et contestés de toutes parts, ont vécu, et la décennie qui s'annonce en 1955 sera celle des libérations, pacifiques ou non.

II- 1955-1965 : une décolonisation quasi-totale

A. Des indépendances négociées

1. Dans la plupart des pays africains, l'indépendance est octroyée sans vio­lence après négociations et dans le cadre d'accords.

2. Le Ghana, dirigé par Nkrumah, est le premier pays noir indépendant et son leader prêche l'unité africaine (1957).

3. Dans sa foulée, la plupart des colonies anglaises (Nigeria, Gambie...) obtiennent l'indépendance mais restent attachées à l'Angleterre grâce au Commonwealth.

4. L'Afrique noire française (Mali, Côte d'Ivoire, Sénégal...) envisage une forme d'autonomie et non l'indépendance. A partir de 1956, la loi-cadre Defferre permet le transfert de la souveraineté aux anciennes colonies : en 1960 les territoires de l'AEF et de l'AOF sont indépendants.

5. Les colonies italiennes (Libye, Somalie ) confiées à l'ONU deviennent indépendantes en 1951 et I960.

B. Des luttes pour l'indépendance plus ou moins violentes

Certaines indépendances ont été plus difficiles et sanglantes essentiellement sur des territoires où la population européenne était nombreuse (Algérie, Kenya).

1. Les indépendances du Maroc et de la Tunisie sans être d'une violence extrême furent tendues (exil de Mohammed V, terrorisme et représailles) et obtenues en 1956.

2. Au Kenya, l'Angleterre doit faire face au soulèvement sanglant des Mau-Mau en 1952 contre les «collaborateurs noirs» d'abord puis contre les Blancs. Il fut violemment réprimé. Indépendance en 1963.

3. L'Algérie, colonie de peuplement, où résidaient 1 million de Français (les pieds-noirs) entre le 1er novembre 1954 dans une guerre longue pen­dant laquelle la position de la métropole évolue de l'intransigeance à l'iné­luctable indépendance (accords d'Évian en 1962).

C. Le Congo belge : une négociation qui tourne à la guerre civile

1. La colonisation n'engendra pas l'émergence d'une élite et maintint une séparation entre les ethnies. À la fin des années 1950, le Congo se trouva dépourvu de personnel pour prendre la suite des Belges.

2. Bâclée, l'indépendance octroyée en 1960 laisse un pays divisé. Patrice Lumumba, Premier ministre (assassiné en 1961), partisan d'un pouvoir centralisé, doit faire face à la sécession du Katanga, riche province minière, qui se termine en 1963 après une guerre civile terrible.

3. En 1964, le général Mobutu prend le pouvoir.

L'ensemble de ces décolonisations donne naissance à de « nouveaux » pays qui reprennent exactement les frontières issues de la colonisation qui sépa­raient ethnies, langues ou religions, sources évidemment de multiples contestations (le Sahara occidental) ou de guerres (Tchad, Nigeria...).

La lente agonie de l'Empire portugais et les sursauts racistes vains de l'Afrique australe finissent la décolonisation de l'Afrique. Mais les liens tis­sés pendant plusieurs décennies ne s'effacent pas ainsi, et la « coopération » financée par les anciennes puissances est parfois ambiguë.

III - De 1965 à nos jours : une décolonisation tar­dive et «inaboutie»

A. Le Portugal s'arc-boute sur ses colonies

1. Le Portugal du dictateur Salazar conditionne la survie de son régime au maintien de l'Empire.

2. L'Angola et le Mozambique deviennent indépendants en 1975 après plusieurs années de guérillas sanglantes (la rébellion avait commencé au début des années 1950 en Angola et en 1962 au Mozambique).

3. Ces indépendances sont liées à la «révolution des œillets» de 1974 qui renverse Salazar.

B. Inégalités raciales et nouvelle colonisation en Afrique australe

1. La situation en Afrique australe présente cette originalité que le mou­vement de reprise de la colonisation est le fait des colons eux-mêmes en opposition avec leur métropole.

2. La Rhodésie du Sud, après avoir réprimé des mouvements nationalistes, déclare unilatéralement son indépendance en 1965 au profit d'une mino­rité blanche sans l'accord de Londres qui refuse d'intervenir. Résistant 15 ans à toutes les pressions, la Rhodésie ne cède qu'en 1979 et en 1980 elle devient le Zimbabwe.

3. La Namibie est officiellement le dernier pays à obtenir son indépen­dance en 1990, en se libérant de la tutelle sud-africaine, vieille de 70 ans.

4. En Union sud-africaine, les dirigeants blancs établissent une législation instituant l'apartheid à partir de 1948. Ce sont donc les colons blancs qui maintiennent un système «colonial» sur la majorité noire. Ces mesures ne prendront fin qu'en 1991 et Nelson Mandela, opposant longtemps empri­sonné, devient président en 1994.

C. Une décolonisation totale ?

1. «L'essence du néocolonialisme tient à ce qu'un Etat qui est indépen­dant en théorie [...] a en réalité sa politique dirigée de l'extérieur», écri­vait en 1965 Kwame Nkrumah.

2. Si les pays africains sont aujourd'hui tous indépendants, ils entretien­nent des relations très étroites avec leurs anciennes métropoles : écono­mique (le cours du franc CFA décidé par la France), politique ou militaire (opération Licorne en Côte d'Ivoire en 2003).

Conclusion

Les Européens étaient fortement implantés en Afrique, plus que sur le continent asiatique et depuis plus longtemps, et ont accordé souvent dif­ficilement et tardivement leurs indépendances aux colonies. Ce long processus de libération a profondément marqué ces pays qui gar­dent aujourd'hui encore les stigmates de cette période. Économiquement, diplomatiquement, militairement, les anciennes colonies sont encore sou­vent subordonnées aux volontés européennes (Ne parle-t-on pas de la Françafrique ?).

Ce soutien ressemble parfois à une nouvelle domination, plus insidieuse, un néocolonialisme à combattre pour assurer à ces pays un développement à long terme.

[source : annales du Bac, 2005, Nathan]

4 commentaires:

Anonyme a dit…

il est super bien ce site!!!
ça explique tout clairement et organisé!
merci à ceux qui ont de l'effort...

Anonyme a dit…

Il était également possible de consacrer la totalité de la troisième partie à l'inachèvement de cette décolonisation et ainsi de lier à la géopolitique contemporaine qui place l'Afrique en dehors de la mondialisation par exemple

Anonyme a dit…

Cool =D Sa ma bien aider... J'ai eu une super note a mon Control :'')

freeman a dit…

Dis donc, mon prof nous a donné un plan sur une compo qui avait pour sujet "La décolonisation de l'Afrique".
Je viens de me rendre compte en essayant de la rédiger qu'il avait tout piquer ici : Le plan est le même mot pour mot.

Il s'est pas foulé...